Crédit : PIXABAY

Un des défis majeurs pour la droite républicaine est assurément de reconstruire un récit national susceptible de rassembler tous les Français, quels que soient leur origine, leur religion et leur statut social. La France ne peut en effet se résumer à être cet « archipel morcelé » si bien décrit par Jérôme Fourquet (L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Seuil, 2019). Face aux périls de la division et de la guerre civile annoncés par certains, il importe pour la droite républicaine et gaulliste de reconstruire un projet national reposant sur deux piliers fondamentaux : l’attachement profond à l’histoire et à la culture de la France et la dimension universelle de celle-ci.

On le sait, il n’existe pas d’histoire ou de culture monocolores ou univoques. L’histoire longue et l’archéologie ne cessent d’enseigner, au sujet de la Gaule comme pour d’autres civilisations, que les cultures sont nécessairement « métissées » et « plurielles ». Les phénomènes de peuplement sur un territoire sont pluriels et successifs et les processus d’influence culturelle, qui en résultent, nécessairement croisés. Dire cela, ce n’est en rien se placer du côté des « déboulonneurs de statues » ou des partisans d’une idéologie wokiste anti-nationale, mais c’est reconnaître un fait incontestable : l’histoire de notre pays est faîte d’apports nombreux et divers. Il ne peut être question de nier, dans ce schéma, la part « musulmane » de notre histoire et la rencontre sur le temps long de la France avec l’islam. Jacques Berque invitait ainsi la France à reconnaître sa part « d’islamité » comme élément participant de la communauté politique nationale. Vieille nation catholique, la France ne doit pas avoir peur d’assumer et de relire l’héritage issu de ses longues relations avec l’Empire ottoman et le monde arabe.

Un des témoignages majeurs de ces relations fécondes est la prestigieuse tradition de l’orientalisme français et de ses penseurs majeurs comme Jacques Berque ou Louis Massignon. C’est avec cette brillante tradition intellectuelle qu’il importe de renouer. S’il est bien une nation qui a, avec l’Angleterre, une histoire, une politique et une destinée universelles, c’est la France. Nation européenne par la géographie, l’histoire et la culture, la France n’en est pas moins présente sur tous les continents de la planète. Elle est aimée et respectée comme l’atteste le troisième référendum, une nouvelle fois négatif, qui s’est tenu le dimanche 12 décembre 2021 en Nouvelle-Calédonie et qui témoigne de la volonté des habitants de ce territoire de rester français. Cette présence mondiale confronte la France à une diversité de cultures et de traditions.

Acteur décisif et majeur du multilatéralisme sur le plan international, le prestige de la France est encore une réalité géopolitique incontestable, malgré ses limites inévitables. Ce rayonnement peut s’appuyer sur la vitalité de l’espace économique et politique francophone, et donc de la langue française, et sur les marques de la puissance que lui avait octroyée le Général de Gaulle (importance de son réseau diplomatique mondial, siège de membre permanent avec droit de veto au Conseil de sécurité des Nations-Unies…).

Dans le contexte actuel, la France ne doit pas oublier que son prestige doit pour une large part à ses liens étroits avec deux régions du monde : le monde arabe et l’Afrique francophone. Dans ces deux régions, la présence de l’islam est un fait majeur.

C’est une nécessité vitale pour la France de préserver une relation forte et apaisée avec les pays du monde arabe et musulman. Plus que jamais, la France doit renouer avec son rôle de passeur entre l’Orient et l’Occident. Plus que jamais Paris doit redevenir la ville où se renouent les échanges entre les cultures et les religions en vue de parvenir à la consolidation de la paix au plan mondial. La France a vocation à être un acteur de la consolidation de la concorde civile tant sur le plan interne que sur le plan international.

Loin d’avoir peur de l’islam, la France doit renouer avec sa prestigieuse tradition orientale remontant au moins au  Roi François 1er et avec sa politique arabe à laquelle le Général de Gaulle avait donné une vigueur renouvelée. Formons ainsi quelques propositions qu’un gouvernement de droite pourrait reprendre :

  • Organiser une grande conférence internationale sur le dialogue des cultures et des religions pour ne pas laisser les fractures s’aggraver entre les religions et les « aires culturelles » ;
  • Créer un Haut Conseil des Cultes qui serait placé auprès du Premier ministre de la France et qui le conseillerait sur tous les sujets relatifs à la gestion publique des religions ;
  • Créer un « Institut de formation musulmane », sur le modèle de l’Institut catholique, qui aurait vocation à délivrer une formation théologique de haut niveau aux futurs cadres religieux de l’islam en France. Nous ne pouvons plus nous en tenir au modèle actuel des formations civiles et civiques destinées à un public souvent déjà bien intégré et désireux davantage de perfectionner ses connaissances sur le régime juridique des cultes ;
  • Créer auprès du ministre de l’Intérieur, un ministre délégué en charge de la laïcité, des cultes et de la concorde civile ;
  • Assurer la garantie des libertés fondamentales de conscience, de pensée et de religion dans le respect de l’ordre public et des droits et des libertés d’autrui. N’oublions pas que la « liberté » constitue une valeur essentielle de la droite et il serait irresponsable de la part de celle-ci de laisser à la gauche le sujet des « libertés publiques ». Il existe une approche de droite de la liberté qui vaut également sur le plan religieux.

L’approche de la gestion publique des cultes doit être globale et en aucun cas se focaliser, sur nos compatriotes de confession musulmane en les stigmatisant. Ces derniers, sous la réserve  partagée par tous les autres citoyens qui ont la même obligation de montrer leur attachement profond à la France, ont toute leur place dans la construction de ce récit national à poursuivre.

Article précédentRêve et réalités de l’Union européenne
Article suivantRapport sur la situation économique en Algérie : Analyse de Charles saint-Prot
Professeur des Universités en Droit public à la Faculté de droit de l’Université Paris Descartes et à Sciences po (Paris). Chargé de cours à l’ENA (Ecole nationale d’administration) et à l’ENM (Ecole nationale de la magistrature). Expert auprès du Conseil de l’Europe (formation des hauts fonctionnaires, administration locale et libertés fondamentales). Membre associé élu de l’Académie internationale de droit comparé. Directeur des études de l'OEG.