L’indépendance énergétique de la France en question ?

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En 1945, la France, grâce au général de Gaulle, décida de garantir son indépendance énergétique. Au milieu des années 1960, elle souhaita « sortir du charbon », ce qu’elle a fait jusqu’au début des années 2000 où l’électricité nucléaire est devenue dominante. Parallèlement, apparaissait, dans les années 1960, la perspective inquiétante de la fin des ressources carbonées fossiles et, dans les années 1980, la prise de conscience de l’impact de la consommation de ces mêmes combustibles sur le climat de notre planète. La stratégie de la France semblait pertinente puisque les ressources d’uranium sont longues et que le fonctionnement du nucléaire ne provoque pas de gaz à effet de serre.

Pourtant, au moment où le Royaume-Uni envoie un signal politique fort en souhaitant renouveler son parc nucléaire pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050 et annonce qu’il va faire construire une nouvelle centrale par le groupe public français EDF, le gouvernement français ambitionne le même objectif dans la loi Énergie et Climat, en réduisant, notamment à 50%, la part du nucléaire dans la production électrique d’ici à 2035 (70% aujourd’hui). Et après ? Le pays devra choisir entre poursuivre dans cette voie vers « 100% de renouvelable » ― ce qui est quasi impossible ― ou garder « une bonne part de nucléaire », ce qui implique de conserver un savoir-faire exceptionnel dans le monde.

Qu’est-ce qui a fait douter de la tactique du gouvernement ? Le choix stratégique de l’indépendance énergétique demeure essentiel. L’augmentation de la demande des pays émergents va dépasser notre propre demande et nos arguments de négociation seront limités. En même temps, la crise économique a des conséquences sur notre indépendance énergétique en nous enjoignant de développer des activités stratégiques où nos industries seront compétitives et exportatrices. Cette priorité prend le pas sur les impératifs climatiques. Enfin, le nucléaire ne fait pas bon ménage avec l’éolien et le solaire. Les technologies renouvelables ont le problème d’être intermittentes (Il faut les compléter quand le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas). N’oublions pas, la signature de l’accord de Paris en 2015 avait des airs de succès. Cinq ans plus tard, on est passé de la victoire au scepticisme…

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Professeur d'économie à Sciences-Po Paris et à l'ESCP-Europe. Directeur des études économiques à l'OEG.