ÉDITO 72 – Les manœuvres d’un régime algérien aux abois

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Les 17 et 18 janvier, l’armée algérienne a procédé à d’importantes manœuvres militaires dans la région de Tindouf, proche de la frontière avec le Sahara marocain. Cet exercice était dirigé par le général Saïd Chanegriha, chef d’état-major des armées. Il a permis la démonstration à tirs réels de missiles, notamment le missile antichar russe Kornet mais aussi celle de l’avion américain de reconnaissance électronique Beechcraft 1900 MMSA-Hissar. La presse a diffusé largement des informations et des images de ces nouveaux équipements mais aussi de divers matériels. Selon le ministère algérien de la défense « ces exercices s’inscrivent dans le cadre de l’évaluation de la première phase du programme de préparation au combat au titre de l’année 2020-2021 » et pour le général Chanegriha ils « ont pour objectif de développer l’expérience du combat ». Le CEMA qui a succédé au  général Ahmed Gaid Salah en décembre 2019, estime que dans le contexte d’instabilité régionale l’Algérie mérite que « son armée soit constamment à la hauteur des enjeux auxquels elle fait face aujourd’hui, et qu’elle demeure éternellement libre, souveraine et tenace face aux ennemis d’hier et d’aujourd’hui ». Ces démonstrations militaires ne sont pas nouvelles. En 2020 dans le sud du pays, à la frontière du Niger, à la suite d’une attaque terroriste revendiquée par Daech et peu après des manœuvres à Tamanrasset, l’armée algérienne avait manifesté sa force. Dans la région de Tindouf en mai 2020 le général Chanegriha avait assisté à un exercice à munitions réelles non loin du mur de défense marocain.

Parallèlement une campagne de désinformation contre le Maroc est entreprise par voie électronique insinuant les risques d’une confrontation militaire. La presse publique et les organes d’information officiels (Algérie Presse Service, télévision et radio du régime) n’hésitent pas à diffuser des fausses nouvelles et des mensonges sur la situation au Sahara marocain. Depuis des semaines, la revue de l’Armée nationale populaire algérienne, El-Djeich appelle les Algériens à se « tenir prêts à faire face à des “menaces imminentes” ». En décembre, elle faisait état de « la détérioration de la situation régionale le long de notre bande frontalière et [de] la menace que font peser certaines parties ennemies sur la sécurité de la région ces derniers temps ». En janvier, l’éditorial soulignait que « le peuple algérien…, est pleinement conscient comme il est fermement convaincu que son armée demeurera un bouclier solide et une force de dissuasion contre toute menace ou même la moindre intention de la part de quelques parties que ce soit ou alliances. Ainsi toute intention de porter atteinte à la sécurité, à l’intégrité et à la souveraineté de notre chère patrie l’Algérie est illusoire, bien plus, un mirage ». En février l’éditorial souligne que le pays « est ciblé par des parties étrangères qui n’ont pas apprécié la démarche patriotique et souveraine ».

Les réseaux sociaux s’exaspèrent en termes virulents. Des groupes liés à l’Algérie ou des ONG s’agitent, lançant des appels au CICR pour la création d’une mission permanente au Sahara afin de protéger les civils du territoire ou des pétitions, telle celle conduite par Noam Chomsky et des « parlementaires » et personnalités internationales. 

De manière plus vile encore, une chaine de télévision, soutenue et financée par le pouvoir, s’en prend bassement à la personne même du Roi dans une émission satirique de mauvaise qualité.

Cette escalade s’est accentuée avec l’incapacité des services algériens à prévoir l’action de légitime défense de la zone tampon à Guerguerat par les Forces armées royales et la reconnaissance de la souveraineté du Royaume sur le Sahara marocain par les États Unis. Faut-il pour autant céder aux craintes entretenues d’une reprise des hostilités entre les deux États du Maghreb ?

Officiellement, l’Algérie s’indigne de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, de l’ouverture d’un consulat américain au Sahara marocain et du rétablissement des relations du Royaume avec Israël. Ces développements illustrent la primauté de l’effectivité dans les relations internationales. Avec réalisme, les États-Unis tirent les conséquences de l’exercice de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Dans le même sens, dix-neuf États d’Afrique, d’Amérique latine, du Golfe arabe (Bahreïn, Émirats arabes unis) ont déjà ouvert des représentations consulaires dans les provinces du sud marocain. Quant à la normalisation des relations du Royaume avec Israël, elle résulte des circonstances locales qui tient à l’importance historique et humaine du Maroc pour la communauté juive d’origine marocaine dont de nombreux membres sont établis en Israël. Cela ne modifie pas la position du Maroc sur la Palestine ni le soutien à la cause palestinienne et à la solution de deux États telle que prévue par les textes internationaux et le plan arabe de paix. Le Roi a réitéré ses vues traditionnelles y compris sur le statut particulier de Jérusalem. Il a précisé qu’il plaçait la question palestinienne au même rang que l’affaire du Sahara dont la marocanité ne saurait être consacrée au détriment de la lutte pour les droits légitimes du peuple palestinien.

Sur le fond, les gesticulations militaires et la propagande de l’Algérie sur un ennemi imaginaire et la cause illusoire du séparatisme masquent l’incurie d’un régime aux abois. Au gré des coups d’État et des constitutions successives, l’oligarchie militaire dissimule un naufrage économique et social et un « système » tyrannique, corrompu, déconsidéré, sauvé de la révolution populaire (le Hirak commencé en 2019) par la pandémie de la Covid 19. Pas plus que « l’héritage colonial », la prétendue cause séparatiste ne sauvera le pays de « l’effondrement généralisé et inéluctable » annoncé par l’ancien premier ministre Sid Ahmed Ghozali. À défaut de prendre le risque de s’engager dans une confrontation militaire mortelle, le pouvoir algérien voudra-t-il encore longtemps soutenir un Polisario moribond, en partie gangrené par Daech ?

BULLETIN OEG n°72 (Éditorial)

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Professeur Agrégé des Facultés de droit. Membre de Littleton Chambers, Barristers, London Ancien Directeur exécutif de l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Président du Conseil scientifique de l'OEG.