Les relations internationales sont pleines de surprises et les États doivent être toujours vigilants pour assurer la défense de leurs intérêts et protéger, notamment, leur souveraineté territoriale. Ces derniers jours nous en trouvons l’illustration dans le comportement de la Tunisie à la réunion de la 8e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) qui s’est ouverte à Tunis, le 27 août.

Ces cycles de rencontres internationales, commencés en 1993, se tiennent sous l’égide du Japon dans différents pays d’Afrique. Après le Kenya, c’est la Tunisie qui s’est vue accueillir les participants.

Le principe est que le choix des États invités se fait conjointement entre le pays hôte et le Japon. Cette année, la session fut source de tensions importantes par le fait que la Tunisie a cru bon de convier proprio motu l’entité séparatiste constituée par le Polisario, et que de surcroît le président Kaïs Saïed a reçu personnellement son chef, Brahim Ghali.

Les réactions ne se sont pas fait attendre et le Maroc, directement concerné, a refusé de participer aux travaux n’entendant pas côtoyer ceux qui œuvrent de façon permanente à porter atteinte à son intégrité territoriale en contestant la marocanité des Provinces du Sud du pays. Son ambassadeur à Tunis a été d’ailleurs immédiatement rappelé à Rabat pour consultation.

Le président sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union Africaine, a été le premier à exprimer ses regrets que la TICAD soit marquée par l’absence du Maroc, un « éminent membre de l’Union africaine » et a critiqué le « non-respect des règles établies pour la participation à ce Sommet ». D’autres pays ont émis de vives protestations, ainsi le ministre libérien des Affaires étrangères, Dee-Maxwell Saah Kemayah, a appelé à « la suspension de cette session jusqu’à résolution des problèmes relatifs aux procédures ». Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, a exprimé ses « vœux les plus ardents » d’« éviter de telles divisions lors des prochaines sessions ». Le président comorien, Azali Assoumani, quant à lui a regretté l’absence du Maroc qu’il a qualifié comme « un pilier de l’Afrique ». De même que la République Centrafricaine, à travers son président Faustin Archange Touadera, a regretté l’absence du Maroc.

Le président de la Guinée-Bissau et président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Umaro Sissoco Embalo, a même quitté la conférence en signe de protestation à la participation du Polisario.

On le voit cette action unilatérale, et contraire aux règles applicables à la tenue de ces réunions, a suscité l’émoi de nombre de pays d’Afrique et la réprobation immédiate du Japon, qui a indiqué très clairement qu’il n’avait pas donné son accord à la participation du Polisario.

Le ministre Japonais des affaires étrangères Yoshimasa Haysashi ― lors de l’entretien qu’il a eu le 2 septembre avec son homologue marocain, Nasser Bourita ― a confirmé que son pays n’avait pas invité le Polisario et qu’il avait demandé à Tunis de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser cette anomalie. M. Yoshimasa Haysashi a souligné le fait que le Maroc était un « partenaire incontournable » et a souhaité vivement son retour dans le cycle de réunions de la TICAD.

Cette position japonaise s’inscrit dans la continuité des bonnes relations entretenues avec le Maroc, marquée par le fait notamment que Tokyo ne reconnaît pas l’entité séparatiste qu’est le Front Polisario. Quant à l’attitude de la Tunisie, elle est surprenante dans la mesure où, dans les pas du Président Bourguiba, Tunis avait toujours eu soin de prendre une position de neutralité sur le sujet du Sahara marocain.

Une telle action d’éclat par la réception officielle, et au plus haut niveau, du chef du Polisario, dans un cadre de forte visibilité internationale, rompt avec l’attitude précédente et manifeste nécessairement une volonté de heurter, si ce n’est d’agresser le Maroc, sur une question qui revêt une importance fondamentale pour le Royaume, à savoir son intégrité territoriale.

Quelques signes d’évolution vers cette position de rupture étaient néanmoins présents, dans la mesure où on a assisté depuis quelque temps à un rapprochement de Tunis avec l’Algérie, sans doute en contrepartie de financements divers et variés. On a pu constater également que la Tunisie a été le seul pays arabe à s’abstenir de voter, lors du vote sur la prolongation de la mission de l’ONU au Sahara occidental, pour l’organisation d’un référendum, en octobre dernier.

La position tunisienne est d’autant plus étonnante que se renforce aujourd’hui un large consensus international relatif à la réalité historique et juridique de la marocanité des Provinces du Sud. En effet, les États-Unis d’Amérique ont, avec le Président Trump, reconnu clairement le fait que le Sahara marocain faisait partie intégrante du Royaume, et le Président Biden n’est pas revenu sur cela. De nombreux autres pays ont fait de même, ouvert des consulats sur place et soutenu le processus proposé par le Maroc sous l’égide de l’ONU dans le cadre de « l’Initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara » dans le respect de la souveraineté marocaine et de son unité nationale, du 11 avril 2007. Comme on sait, même l’Espagne, puissance coloniale, qui avait annexé quelques portions du Sahara marocain et a pu jouer un jeu trouble dans le passé, est revenue aujourd’hui à la raison en reconnaissant à plusieurs reprises, que la seule solution consistait dans la mise en œuvre du statut d’autonomie précité proposé par le Maroc.

Dès lors, par son action intempestive, le président tunisien s’est mis en marge de la position de plus en plus dominante au sein de la « communauté internationale » consistant à considérer comme non discutable la souveraineté marocaine sur son Sahara. Ce faisant, Tunis fait un pari risqué, puisqu’il conduit à l’isoler, à participer à la division des pays africains et constitue un acte agressif à l’égard du Maroc, avec des conséquences négatives sur les relations entre les deux pays. Même si le Maroc a eu la sagesse de distinguer le gouvernement du peuple tunisien, en soulignant que les deux peuples étaient liés par un destin partagé, mettant en avant la communauté d’intérêts qui devrait les lier et dont il devra être tenu compte par le gouvernement tunisien.

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Avocat. Professeur à l'Université de Corse. Directeur des programmes de l'OEG.