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La Reine Elizabeth II est le premier monarque britannique à célébrer un Jubilé de platine, après avoir accédé au trône  le 6 février 1952, à 25 ans. Elle est la première souveraine à avoir régné 70 ans sur le Royaume et en Europe seul Louis XIV a régné plus longtemps. De magnifiques célébrations sont prévues tout au long de l’année atteignant leur apogée en juin, avec le défilé militaire Trooping the Colour, l’illumination de 1 500 villes du Royaume-Uni, des territoires britanniques et des capitales des pays du Commonwealth, un service d’action de grâce et une procession à travers Londres, des diners, concerts et autres manifestations. Ces célébrations qui marqueront l’unité d’une nation et des peuples associés, sont l’occasion de rappeler l’extraordinaire personnalité de la souveraine et la valeur du régime monarchique.

Le sens aigu de sa mission s’exprime à travers chacun de ses discours, concis et forts. En 1940, l’adresse par la radio aux enfants dispersés par la guerre décelait la sensibilité de la jeune fille de 14 ans et la conscience de son rôle à venir. L’engagement comme mécanicien et conducteur d’ambulance dans l’Auxiliary Territorial Service sous les bombardements de Londres révélèrent le courage de la princesse héritière. Le message prononcé depuis Le Cap, alors qu’elle atteint sa majorité, le 21 avril 1947, annonce la souveraine qui voue sa vie au service de la Nation et de la « grande famille impériale » à laquelle appartiennent les peuples d’outre-mer. Plus récemment, son émouvant discours de Noël 2021 rend hommage au duc d’Edimbourg, celui qui a été « sa force et son roc », son « bien aimé Philip ». Cette femme de devoir, simple dans ses propos,  qui se distingue volontairement par ses toilettes et ses chapeaux toujours relevés pour être reconnue par tous, n’est pas sans humour comme l’illustre nombre de ses propos.

La Reine est l’incarnation de la nation. Son couronnement grandiose en 1953 l’a investie d’une mission sacrée : elle a prêté serment de servir toute sa vie le droit et les coutumes de ses États en gouvernant comme une princesse chrétienne. Ointe des huiles saintes, elle a reçu les symboles royaux (l’épée, l’orbe, les sceptres et l’anneau), l’allégeance des pairs du Royaume, l’acclamation de ses sujets. Défenseur de la foi, chef d’État de plusieurs royaumes, chef du Commonwealth, elle ne saurait en quelque circonstance autre que la mort renoncer à ses résolutions et à sa mission souveraine.

La Reine est le pivot des institutions. Par-delà la fiction de la souveraineté du monarque, chef de guerre, source de toute justice et de tout honneur, elle est l’héritière d’une tradition politique et d’une expérience inégalée. La Reine Elizabeth a connu quinze premiers ministres et aucun détail des affaires du royaume ne lui échappe ; elle a rencontré la plupart des chefs d’État et des dirigeants étrangers durant son règne. Confrontée aux crises internes ou internationales, la Reine est toujours un recours pour le cabinet qu’elle a le droit de consulter ou d’avertir. Chef de la dynastie, elle donne l’interprétation des règles qui régissent la couronne. Ainsi, à l’occasion du jubilé, la Reine a voulu que Camilla, duchesse de Cornouailles, ait la qualité de « Reine consort » le jour où le Prince Charles accèdera au trône. Tout en répondant à l’attachement sentimental du peuple anglais à l’institution dans les épreuves ou les joies,  cette décision marque la permanence du prestige et la modernité de la monarchie anglaise. Le règne d’Elizabeth II témoigne aussi de la supériorité de la monarchie : elle réside dans sa capacité de toujours se renouveler, de s’adapter à des exigences inédites tout en assurant la continuité du pouvoir à l’inverse du régime républicain instable par nature.

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Professeur Agrégé des Facultés de droit. Membre de Littleton Chambers, Barristers, London Ancien Directeur exécutif de l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Président du Conseil scientifique de l'OEG.