Biden changera-t-il la politique des États-Unis

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Joe Biden et Benjamin Netanyahou. Crédit : DR.

Le choeur des vierges qui est censé éclairer l’opinion, dans notre pays, comme dans bien d’autres d’ailleurs, est en pâmoison, proche de l’extase, à l’idée que très prochainement, leur champion, à savoir Joe Biden, sera président des États-Unis. Rien n’est encore certain pourtant, et la prudence s’impose, tant les recours et les allégations de fraude à l’égard du processus électoral sont nombreux Les observateurs sérieux considèrent qu’il y a matière à questionnement, même si on ne les entend guère dans nos contrées.

Quoiqu’il en soit, va t on passer de l’ombre à la lumière avec le nouveau locataire annoncé de la Maison Blanche Nous ne le croyons pas et cela pour plusieurs raisons Il faut d’abord noter que Joe Biden n’est pas un nouveau venu dans le domaine politique et qu’il a été le Vice-président de Barak Obama pendant ses deux mandats, ce qui nous permet de considérer qu’il s’inscrit dans la même démarche idéologique,
qui était aussi celle du Président Clinton. De sorte que la matrice qui guidera ses actions est déjà largement connue, hélas. Elle est marquée par plusieurs axes qui n’ont rien de novateurs.

Pour ce qui concerne la zone d’instabilité du Proche-Orient, il apparaît que la politique qui sera mise en oeuvre ne subira que des réajustements, notamment en faveur de l’Iran contre les Arabes. Pour le reste, elle consistera en une action manifestement en faveur de l’État d’Israël, en laissant toujours pour compte les intérêts légitimes de la nation palestinienne qui ne se verra pas reconnaître son droit à la souveraineté sur sa terre. A cet égard, il ne faudra pas se laisser abuser par l’apparence policée et francophone qui ne constitue en rien un gage d’approche sérieuse des problèmes quand on sait que toute personne un tant soit peu cultivée aux États-Unis revêt ces caractéristiques du futur Secrétaire d’État, Anthony Blinken qui a d’ores et déjà mis en avant le rôle de pivot et de modèle d’Israël. C’est d’ailleurs le même qui, lors d’une conférence en 2017 a indiqué avoir été marqué par la Shoah et profondément influencé par l’histoire de son beau père, qui a survécu aux camps d’Auschwitz et de Dachau. Cela en soi n’est en rien critiquable, bien évidemment, mais permet de comprendre ce qui pourra être l’orientation possible d’une politique à venir. Dès lors, la reconnaissance des droits des Palestiniens, dont celui à un État avec des frontières stables et reconnues par tous, sera pour le moins ardue à mettre en avant. On peut même craindre dans ces conditions, de la part de Joe Biden, une politique anti-palestinienne. D’un point de vue plus général, Joe Biden s’inscrira vraisemblablement dans le vaste mouvement d’une prétendue « mondialisation heureuse » dont il est le représentant et à l’égard duquel on a vu, et on verra, les ravages Joe Biden n’est en cela que le continuateur des basses oeuvres de Barak Obama et de ces doctrines de la diversité source de destruction de tout ce qui fait lien et qui, sous prétexte de libération de l’individu, conduisent en réalité à l’asservir encore plus aux puissances du marché. C’est de cette illusion qu’on s’est servi pour promouvoir et soutenir des mouvements de déstabilisation dans ce qui a été si niaisement qualifié de « printemps arabes » et qui n’ont été que des feux de paille, tant ils étaient privés des réels soutiens populaires Pour autant, hélas, les ferments du désordre vont couver pendant longtemps sous les cendres, prêts à être attisés par les apprentis sorciers de tous bords. Ce qui caractérise tout cela est toujours la même volonté d’une domination des peuples et des nations qui perdent alors toute souveraineté. Cela est parfaitement illustré par ce propos de Joe Biden qui, comme programme des jours nouveaux, et forcément heureux, qu’il annonce, indique qu’avec son avènement espéré l’Amérique sera de nouveau prête à « guider le monde ».

Ne nous y trompons pas, au delà de ce qui peut paraître même maladroit, il y a une véritable feuille de route. Celle qui consiste évidemment à considérer qu’il n’y a que des brebis, plus ou moins égarées, que l’on doit guider vers le droit chemin, celui de la domination d’un seul Le postulat de base serait il donc bien celui de l’Amérique nouvelle qui dirigerait le reste du monde. On ne sait, mais cela y ressemble un peu. Si c’était le cas, il y aurait un risque d’abaissement des nations et de leur souveraineté, dont il convient de sauver ce qui reste et de reconquérir ce qui a été perdu. L’opposition de la future administration des États Unis aux États dirigés par des « populistes » selon la terminologie usée par ceux qui en réalité méprisent souverainement le peuple comme par exemple la Pologne et la Hongrie, illustre parfaitement l’agenda qui sera poursuivi.

On se trouve donc dans un retour aux vieilles ficelles du « laisser faire laisser passer » que l’on veut imposer partout avec un Guide suprême autoproclamé qui ne se cache même plus. Il est d’ailleurs frappant de constater l’asservissement intellectuel de ceux qui se présentent comme nos élites et qui ne sont que les serviteurs zélés de ce Veau d’or de la marchandisation généralisée, qui viennent nous dire de nous réjouir de ces nouveaux temps annoncés par Joe Biden. Il en va de même des médias qui nous servent à satiété leur soupe bien pensante, usant des armes bien connues de la propagande que, pourtant, ils n’hésitent pas à flétrir. En résumé, ce qu’il faut retenir de ce vaste barnum annoncé est qu’à l’Ouest, il n’y a décidément rien de nouveau.

Doyen Jean-François Poli

  • Directeur des programmes de l’OEG
  • Bulletin OEG n°71 (janvier-février 2021)
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Avocat. Professeur à l'Université de Corse. Directeur des programmes de l'OEG.